Bernard
BUFFET

(1928 - 1999)

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Nature morte au pot à lait, 1948

Huile et mine de plomb sur toile, signée et datée en haut à droite.
38 x 55 cm

Provenance
Galerie David & Garnier, Paris 
Collection Henri-Georges Clouzot, Paris (acquis auprès de la précédente entre 1956 et 1968)
Vente Christie's, Paris, Collection Henri-Georges et Hélène Clouzot, 1er décembre 2012, n°2 (vente au profit du Secours Catholique)
Galerie de la Présidence, Paris 
Collection particulière, France

Bibliographie
Bernard Buffet, Catalogue raisonné, vol.1, 1941-1953, Fonds de Dotation Bernard Buffet, 2019, reproduit en p.56.

Certificat d'authenticité établi par la Galerie Maurice Garnier.


Il ne fait guère de doute sur les qualités qui ont pu séduire Henri-Georges Clouzot dans l’oeuvre de jeunesse de Buffet. Ce maître du mystère, « Hitchcock français » tel qu’il fut désigné au regard de sa filmographie et de ses sombres obsessions, a probablement reconnu dans la peinture de son cadet la même désespérance face à la nature humaine.
Il acquiert ce tableau auprès de la Galerie David et Garnier (entre 1956 et 1968 donc) et ne s’en séparera jamais, puisque le tableau figure dans la vente de la collection du couple Henri-Georges et Inès Clouzot en 2012, au profit du Secours Catholique, une vente qui intervient donc des années après le décès du réalisateur.

Tandis qu’il peint cette toile, Buffet a vingt ans à peine, mais il est déjà promis à un brillant avenir. Il a déjà exposé au Salon des Indépendants, vendu sa Nature morte au poulet au Musée national d’art moderne, s’est déjà fait remarquer par des amateurs qui comptent et par une galerie importante avec laquelle il conclura bientôt un contrat d’exclusivité. Il va même, cette année-là, exposer au Salon d’automne et remporter le Prix de la Critique (ex æquo avec Bernard Lorjou). La reconnaissance ne se fait pas attendre pour celui qui avait embrassé la peinture comme une vocation inébranlable.

La peinture de Buffet à cette époque fait la part belle aux natures mortes : des tables dépouillées, dans un dénuement qui rappelle que la disette de la guerre n’est pas si loin. 
Tant dans la palette que dans la construction, ces œuvres sont économes. Même la matière est parcimonieusement employée, maigre, comme les corps qui viennent parfois s’asseoir à ces tables misérables.
À Cézanne, Buffet emprunte l’idée de cette simplicité du coin de table garni d’ustensiles usuels, cette évidence du quotidien. Du cubisme, il apprend une certaine épure géométrique qui ne s’abstrait jamais de la réalité, un sens de la composition qui mène à l’essence du sujet.

Parcourue de lignes de graphite, comme si la peinture, se faisant encore plus mince qu’à l’habitude, laissait voir par transparence l’ossature qui l’a vue naître, le squelette de lignes que le peintre a rageusement besoin de jeter sur la toile. Cette furieuse manie de graffitiste n’a pas encore trouvé comment se canaliser dans la signature de l’artiste, son manifeste. Elle vient déjà ici manger une grande part de la surface du tableau, présageant ce qu’elle deviendra, mais elle n’a pas encore acquis sa forme définitive, ce tracé allongé, anguleux et sûr, qui signe un Buffet.

Buffet s’apprête à rencontrer Pierre Bergé, à vivre à ses côtés pendant huit ans. Son ancien compagnon lui tournera ensuite implacablement le dos, abhorrant l’évolution stylistique du peintre à la fin des années 1950. Il conservera cependant précieusement dans ses collections des natures mortes dans cette veine, telle la Nature morte au fromage et au broc, datée de 1949 (désormais entrée dans les collections du Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris, à la faveur d’une dation : inv. AM 2022-733).